Brasilyane

André Paradis: étrangeté du Brésil

André ParadisL'écrivain André Paradis, poto mitan de la littérature guyanaise, propose à travers ses oeuvres une vision souvent originale des Brésiliens, comme composante étrange du melting pot Guyanais (pas toujours si "melted" que ça, d'ailleurs).

Dès l'or Victor

Dans son dernier livre, sorti en 2012, André Paradis imagine deux récits parallèles qui s'entrecoupent. D'abord, le roman d'amour magnifique, inattendu et contrarié entre un vieux Cayennais malade qui doit accepter la présence chez lui d'une garde-malade étrange, en la personne d'une jeune Guyanienne complètement traumatisée. Tout en délicatesse, ce très émouvant récit vient en contrepoint d'une réalité aux confins du fantastique vécu par Victor, l'écrivain, plongé dans l'univers des orpailleurs qui revendiquent soudain leur régularisation, et l'accès aux droits sociaux en échange d'un miraculeux stock d'or clandestin. Cayenne se retrouve alors plongé dans une ambiance de quasi-fin du monde. C'est l'occasion pour l'auteur de présenter des personnages atypiques. Loin du stéréotype de la Brésilienne provocante et hyper-désirable, il nous présente en la personne de la voisine de Victor, qui va l'embringuer dans cette histoire d'orpaillage, une lesbienne revêche, peu accorte et cultivée. Pour le reste, les Brésiliens qui apparaissent ici sont liés à l'orpaillage et apparaissent donc comme une ombre menaçante qui ronge la société guyanaise. Une vision du Brésil comme une terra incognita inquiétante et insidieuse. Une altérité déstabilisante que l'on peut retrouver aussi dans "Le soleil du fleuve" (2002), cette fois incarnée par une "fille du fleuve".

Des Hommes Libres

Paru en 2005, ce roman magnifique -celui que je préfère dans l'oeuvre de l'auteur, récompensé du prix Carbet des lycéens- fait résonner le passé de l'époque esclavagiste en Guyane, et la quête d'identité d'un jeune noir dans l'hexagone, avec pour lien l'enquête d'un Guyanais sur l'origine d'un manuscrit ancien retrouvé dans sa maison créole de Cayenne. On se passionne alors pour l'histoire d'Antoine, noir libéré et éduqué à la philosophie, qui marronne à la fin du XVIIIème siècle pour s'installer seul sur les rives de la rivière Montsinéry et retourner à "l'état de nature". Le voilà rattrapé par les hommes en la personne d'une étrange femme blanche "pas du tout comme les autres Blanches qu'il avait connues", qui s'avèrera en fait être une Brésilienne d'origine indienne fugitive des Portugais. Petite, trapue, costaude, la femme échappe encore largement au stéréotype. Elle sera pourtant cette fois-ci la compagne d'Antoine, nouveaux Adam et Eve noirs et blancs dans la forêt originelle. Ce qui fait ici du Brésilien un être hybride européo-indien, blanc sans l'être, historiquement présent en Guyane et peut-être passeur possible entre Blancs et Noirs aux rapports toujours plus ou moins antagonistes. On ne racontera pas la fin de ce livre qui raconte bien la complexité du métissage à la guyanaise.

En conclusion, ce thème était surtout un prétexte pour parler de cet auteur essentiel de la littérature en Guyane, qui propose une vison du monde contrastée entre violence et sordide de la réalité sociale et amour, sentiments, philosophie qui la transcendent. A lire en tout cas, pour qui aime les bons bouquins.

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